CRITIQUE · CANNES 2026 · HORS COMPÉTITION
La Vénus électrique
de Pierre Salvadori · ★★★☆☆

J’ai vu La Vénus électrique à l’UGC Maillot, le soir de l’ouverture de Cannes. Après une cérémonie sage et sans surprise, la salle s’est remplie pour ce film que tout le monde attendait.
Pierre Salvadori signe une comédie romantique en costumes, la première de sa carrière. Paris, 1928. Antoine, peintre en deuil, tente de contacter sa femme morte lors d’une séance de spiritisme. La voyante, c’est en réalité Suzanne, une foraine qui improvise pour ne pas mourir de faim. L’arnaque tient, Antoine retrouve l’inspiration, et Suzanne tombe amoureuse de l’homme qu’elle manipule.
Le film est bien joué, souvent drôle, avec quelques longueurs au milieu. Pio Marmaï est juste. Gilles Lellouche, en galeriste ami et complice, vole plusieurs scènes. Les acteurs secondaires sont excellents. La musique de Camille Bazbaz accompagne sans s’imposer. On passe un bon moment.
Mais j’ai eu du mal avec ce que le film accepte sans le questionner.
L’art fait par les hommes, inspiré par les femmes
L’idée originale vient de Robin Campillo et Rebecca Zlotowski. Salvadori remercie aussi Toledano et Nakache au générique. Quatre cinéastes, donc, ont posé leurs mains sur cette histoire avant lui. Et cette histoire, au fond, parle de la création artistique et de qui en tire les ficelles. Suzanne invente tout. Elle construit le mensonge qui permet à Antoine de redevenir peintre. C’est elle qui travaille. C’est lui qu’on célèbre. Le film le montre clairement, sans jamais s’en inquiéter.
La femme qui choisit sa liberté paie le prix fort
Ce qui me gêne davantage, c’est le traitement de Suzanne en tant que personnage. Elle est exploitée de façon assez brutale, économiquement et physiquement, et le récit trouve cela charmant. La scène d’ouverture à la fête foraine pose le cadre dès les premières minutes : des hommes paient pour embrasser la Vénus électrique, une décharge les repousse. Suzanne gagne sa vie avec son corps. Le film installe cela comme une donnée pittoresque et drôle, pas comme quelque chose qui pèse sur elle.
Quand une femme du film choisit sa propre liberté, elle en paie le prix. La femme qui accepte le jeu peut rester. La Vénus électrique raconte l’amour du point de vue de celui à qui tout arrive. Salvadori ne le fait pas avec malveillance. Son cinéma est bienveillant, chaleureux. Mais la bienveillance aussi a ses angles morts.
Vu à Cannes, le soir de l’ouverture
En sortant, j’avais envie de voir le soir même le documentaire de Peter Jackson sur les Beatles. Cannes, même en hors-compétition, ouvre des appétits. C’est déjà beaucoup.
En un mot
Une comédie romantique bien construite, souvent drôle, portée par des acteurs au sommet. Salvadori dans son registre. Et, sous la légèreté, un angle mort qui mérite qu’on le nomme.
Fiche technique
| Réalisation | Pierre Salvadori |
| Scénario | Pierre Salvadori, Benjamin Charbit, Benoît Graffin |
| Idée originale | Robin Campillo, Rebecca Zlotowski |
| Avec | Pio Marmaï, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Vimala Pons, Gustave Kervern |
| Musique | Camille Bazbaz |
| Photo | Julien Poupard |
| Production | Les Films Pelléas / France 2 Cinéma |
| Distribution | Diaphana Distribution |
| Durée | 2h02 |
| Sortie France | 13 mai 2026 |
| Cannes 2026 | Film d’ouverture – Hors Compétition |