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Cinéma iranien et révolution : 20 films indispensables

Cinéma iranien et révolution : 20 films, séries et documentaires pour comprendre l’Iran aujourd’hui

Entre cinéma iranien et révolution, il y a une même question : comment filmer quand l’autorité veut contrôler les corps, la parole et l’image.

Le cinéma iranien raconte l’histoire d’un pays en tension permanente entre autorité et liberté.
À travers vingt films essentiels, ce dossier propose de comprendre comment les cinéastes iraniens traduisent la colère, la mémoire et la désobéissance dans leurs images.

La mort de Mahsa Amini, le 16 septembre 2022, a transformé la lecture de ces œuvres. Les images anciennes éclairent la fatigue d’une société sous contrainte, les nouvelles traduisent une rupture historique. Le cinéma iranien agit comme une archive sensible : il enregistre les silences, la peur et le courage des vies ordinaires.

Filmer en Iran exige un choix. Chaque plan engage la responsabilité de celui qui cadre, du sujet qu’il montre et de ce qu’il expose. Cette contrainte forge une écriture spécifique, faite d’ellipses, de métaphores, de gestes retenus. L’interdiction devient un langage, la censure un moteur d’invention.

Depuis la Révolution islamique, les cinéastes iraniens inventent des formes pour contourner la surveillance. Leurs films s’ancrent dans la réalité tout en cherchant une manière d’en révéler la vérité. Le spectateur découvre un pays où la parole circule autrement, où l’intime devient politique, et où l’acte de filmer constitue déjà une prise de position.

 

Cinéma iranien et révolution : repères historiques

Avant d’entrer dans les œuvres, un rappel chronologique s’impose.

Le cinéma iranien n’avance pas en ligne droite. Il se réinvente à chaque crise politique, selon la liberté du moment et les interdits du pouvoir. Ces dates donnent une clé de lecture :

1979 – Révolution iranienne


La chute du Shah transforme à la fois la société et la production artistique. La République islamique établit une morale d’État, encadre les sujets, contrôle les images de la femme, de la rue, du couple. Les cinéastes réinventent leur langage. Le symbole, le silence et l’allusion remplacent le réalisme direct.
Cette période fonde l’esthétique du détour. Persepolis (Marjane Satrapi, 2007) en donne une lecture rétrospective. À travers l’enfance, Satrapi traduit l’entrée du politique dans l’intime : la manière de s’habiller, d’aimer, d’écouter une chanson devient acte de résistance.

1980–1988 – Guerre Iran–Irak

Le conflit forge une mémoire collective de la perte et du courage. La guerre inscrit la peur au cœur du quotidien, transforme la jeunesse en témoin précoce. La Sirène (Sepideh Farsi, 2023) en restitue la trace à travers un adolescent d’Abadan. L’animation redonne chair à une génération marquée par l’attente, la disette et la promesse d’un avenir suspendu.
La guerre devient école du silence. Ce traumatisme irrigue ensuite tout le cinéma iranien : une culture du regard contenu, de la parole prudente et du souvenir transmis à voix basse

2009 – Mouvement vert

L’espoir de réforme puis la répression transforment la parole publique. La rue se ferme, le foyer devient lieu de débat, la justice une scène de vérité. Taxi Téhéran (Jafar Panahi, 2015) capte la société depuis le siège d’une voiture ; Une séparation (Asghar Farhadi, 2011) observe la fracture morale d’un pays à travers un procès domestique.
Le politique s’enracine dans le banal. Les cinéastes filment la conversation, le doute, la honte. Cette décennie installe un cinéma du quotidien sous tension, où chaque silence exprime un désaccord.

2019 – Soulèvements sociaux

La crise économique et la hausse du prix de l’essence font surgir une colère diffuse. La société étouffe, la peur se transforme en fatigue collective. La Loi de Téhéran (Saeed Roustayi, 2019) en offre une métaphore saisissante : la “guerre contre la drogue” devient portrait d’un État saturé par sa propre violence.
Les commissariats, les couloirs, les foules : tout y respire l’enfermement. Roustayi filme l’Iran comme un organisme sous pression. Ce climat de suffocation prépare les soulèvements à venir.

2022 – Mort de Mahsa Amini

Le 16 septembre 2022, la mort de Mahsa Amini devient un tournant moral. Le slogan “Femme, Vie, Liberté”transforme la révolte en horizon collectif. Le cinéma, longtemps contraint de contourner, regarde désormais la réalité en face.
Holy Spider (Ali Abbasi, 2022) ausculte la violence morale comme système social. Tatami (Zar Amir Ebrahimi, Guy Nattiv, 2024) montre le contrôle du corps féminin jusque dans le sport international. Les deux films marquent une évolution décisive : la peur change de camp, le regard devient frontal.

2024–2026 – L’émergence d’un cinéma de confrontation

Une nouvelle génération de films s’impose, tournée dans l’urgence ou depuis l’exil. Leurs auteurs transforment la colère en langage visuel. Les Graines du figuier sauvage (Mohammad Rasoulof, Cannes 2024, Prix spécial du Jury) et Un simple accident (Jafar Panahi, Palme d’or Cannes 2025) incarnent ce moment charnière.
Rasoulof relie la sphère familiale à la révolution en cours, Panahi interroge la mémoire et la justice. Ces œuvres articulent la fiction et le réel avec une intensité inédite. Elles annoncent un cinéma de la parole retrouvée, de la confrontation assumée.

Ces dates structurent la lecture de l’ensemble du corpus. Elles rappellent que la politique s’inscrit d’abord dans les gestes : un regard, une porte close, un silence. Le cinéma iranien agit comme une radiographie de la société. Chaque œuvre prolonge l’histoire par d’autres moyens.

La fiction en prises de vues réelles traduit la contrainte par le quotidien — la famille, la justice, la loyauté, la peur. L’animation ouvre une autre voie : la mémoire, la métaphore, la confession. Elle permet d’aborder l’exil et la transmission sans risquer de trahir les vivants. Dans ce dialogue entre réalisme et allégorie se construit toute la force du cinéma iranien contemporain.

Films d’animation : mémoire de 1979, guerre, tabous, exil

L’animation occupe une place singulière dans le cinéma iranien. Elle contourne la censure en créant un espace symbolique, capable de dire ce que la caméra réelle ne peut montrer. Elle raconte la mémoire, les interdits et les traumatismes collectifs avec une liberté visuelle que la prise de vue directe interdit. Ces films réinventent la relation entre vérité et image.

Persepolis (Marjane Satrapi, Vincent Paronnaud) – sortie France 27 juin 2007

Voix : Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve
Récompense : Prix du Jury, Festival de Cannes 2007

Persepolis suit Marjane, une enfant de Téhéran, de la chute du Shah à son exil en Europe. Satrapi transforme l’histoire d’une jeune fille en portrait d’une nation. Le dessin noir et blanc, volontairement épuré, évoque la clarté d’un souvenir gravé dans la peur et l’attente.
Le film décrit la politique comme une force intime : le port du voile, la musique écoutée en cachette, la façon de marcher deviennent des actes de résistance.
Dans le contexte actuel, Persepolis conserve une portée immédiate. Il rappelle que la conscience politique naît souvent dans l’enfance, lorsque le pouvoir entre dans la maison. Satrapi crée un récit d’apprentissage universel et propose une lecture féminine de l’histoire iranienne, encore centrale après 2022.

La Sirène, Sepideh Farsi – animation, sortie France 28 juin 2023

Récompense : Prix de la meilleure musique originale, Festival d’Annecy 2023

À Abadan, en 1980, la guerre Iran–Irak enferme la population dans une ville assiégée. Omid, quatorze ans, cherche un moyen de fuir.

La Sirène s’attache à son regard, entre curiosité, peur et tendresse.
Farsi recompose une mémoire collective. Elle filme le siège non comme un épisode héroïque, mais comme un état de survie permanent. L’animation restitue la lumière, la chaleur, la poussière, la lenteur de la guerre.
Aujourd’hui, le film agit comme une réflexion sur la persistance du siège dans la société iranienne : une vigilance constante, un rapport instable au monde. Farsi associe la précision documentaire à la douceur du souvenir, créant un cinéma de la résistance intérieure.

Téhéran Tabou (Tehran Taboo), Ali Soozandeh – animation rotoscopée, 2017

Casting : Elmira Rafizadeh, Zahra Amir Ebrahimi
Sélection : Festival d’Annecy, nombreux festivals européens

Tehran Taboo croise les destins de trois femmes et d’un jeune musicien dans la capitale iranienne. Chacun tente d’échapper à une morale qui contrôle les corps et les désirs.
Soozandeh utilise la rotoscopie, technique d’animation à partir d’images filmées, pour pénétrer dans les lieux interdits à la caméra réelle. Cette liberté technique crée une vérité paradoxale : plus la ville est dessinée, plus elle paraît réelle.
Le film explore la société iranienne comme un théâtre d’interdits. La religion, la réputation et la peur forment un système d’observation mutuelle. L’État gouverne, mais la société prolonge sa surveillance.
Aujourd’hui, Tehran Taboo résonne avec les débats contemporains sur la liberté des femmes, le contrôle social et la double vie imposée à une génération entière. L’animation devient une forme de cinéma clandestin : un espace de parole où l’on respire enfin.

L’animation iranienne  invente une autre forme de réalisme. Elle rend visible la mémoire sans mettre en danger ceux qui la portent. Satrapi, Farsi et Soozandeh appartiennent à une même lignée : celle qui filme la société par la métaphore, l’enfance, le rêve, pour en révéler les cicatrices.
Ce cinéma construit une mémoire active : il transforme les souvenirs en outils de compréhension du présent. Après 2022, ces films réapparaissent comme des archives de la résistance ordinaire, celle qui précède les slogans.

Cinéma iranien et révolution : filmer sous la contrainte (2009–2019)

Entre 2009 et 2019, le cinéma iranien explore la contrainte comme matière première. Les caméras se posent dans les appartements, les taxis, les commissariats. Les cinéastes transforment l’interdiction en moteur d’invention. Le réel circule dans les interstices : une conversation dans la voiture, une dispute de couple, un procès qui déborde.
Ce cinéma du quotidien, souvent réalisé dans des conditions précaires, capte la société à travers les gestes et les silences. La parole devient le lieu du politique.

Taxi Téhéran – Jafar Panahi (Ours d’or, Berlinale 2015)

Récompense : Ours d’or, Berlinale 2015

Jafar Panahi, assigné à résidence, installe une caméra sur le tableau de bord d’un taxi et conduit dans Téhéran. Les passagers montent, parlent, rient, se plaignent. Chaque trajet compose un fragment du pays.
Le taxi devient un studio ambulant. Panahi filme la circulation des mots : entre les injonctions officielles et la parole libre, un espace fragile s’ouvre. Le film documente la ville en temps réel et transforme la conversation en performance politique.
Aujourd’hui, Taxi Téhéran garde une puissance documentaire rare. Il montre comment la société iranienne invente sans cesse des espaces de liberté : un véhicule, une caméra, un échange suffisent à créer un lieu de résistance

 

Une séparation – Asghar Farhadi (Ours d’or 2011, Oscar)

Récompenses : Ours d’or, Oscar du meilleur film international

Farhadi installe sa caméra dans une famille en crise. Un couple se sépare, une aide-soignante tombe, un juge s’interpose. Chaque parole produit une conséquence morale.
Le film explore la société iranienne à travers le prisme de la responsabilité et du jugement. La justice, la religion et la classe sociale s’y croisent dans un enchevêtrement étouffant.
Dans le contexte actuel, Une séparation éclaire la structure morale qui soutient encore le pouvoir : la peur du scandale, la réputation, la honte. Farhadi filme un pays où la vérité dépend du statut, du genre et du regard. Ce film continue d’agir comme une radiographie éthique du pays.

La Loi de Téhéran (titre original : Metri Shesh Va Nim) – Saeed Roustayi

Récompense : Grand Prix, Reims Polar 2021
Casting : Payman Maadi, Navid Mohammadzadeh

Roustayi filme la “guerre contre la drogue” comme une mécanique d’État. Les commissariats débordent, les prisons saturent, la rue devient un labyrinthe de procédures.
Le film capte la densité de la ville, son chaos organisé, sa vitesse. Il installe la caméra dans le bruit des couloirs, dans la poussière des cellules.
Sous son apparence de polar, La Loi de Téhéran décrit une société gérée par la peur. Chaque arrestation entretient l’illusion d’un ordre. Roustayi montre comment la répression devient routine et comment le contrôle fabrique la fatigue collective.
Ce film, tourné avant les soulèvements de 2022, en porte déjà les signes. La tension accumulée dans ses images annonce la colère à venir.

Marché noir (titre original : Koshtargah, titre international : The Slaughterhouse) – Abbas Amini

Récompense : Prix du Jury, Reims Polar 2021
Casting : Amirhosein Fathi, Mani Haghighi, Baran Kosari

Amir revient d’Europe et retrouve un pays traversé par la débrouille, les trafics et les mensonges. L’économie souterraine remplace les institutions. Les personnages glissent sans cesse entre légalité et survie.
Amini filme cette zone grise avec une précision clinique. La mise en scène refuse l’emphase et s’attache aux gestes : vendre, cacher, mentir, recommencer.
Marché noir révèle une société où le compromis devient mode de vie. Cette culture de l’arrangement prépare le terrain de la révolte : lorsque plus rien ne se fonde sur la confiance, le besoin de vérité devient politique.

 

Un héros – Asghar Farhadi (Grand Prix Cannes 2021, ex æquo)

Récompense : Grand Prix, Cannes 2021*
Casting : Amir Jadidi, Mohsen Tanabandeh

Farhadi poursuit son exploration morale. Un homme sort de prison, rend un sac d’or trouvé par hasard et devient un symbole public. L’opinion le consacre, puis le détruit.
Le film interroge la fabrication du héros, la vitesse des jugements, la force des récits. Dans une société saturée de surveillance sociale, la réputation devient une forme de contrôle.
Un héros éclaire la transition vers le cinéma post-2022 : la morale individuelle se heurte à la logique collective. Le regard du groupe agit comme une police invisible.

Sens esthétique de la contrainte

Entre 2009 et 2019, le cinéma iranien développe une esthétique de l’obstacle. Le cadre devient une cage, la parole, mesure du risque, le montage, un moyen d’échapper à la censure.
Panahi, Farhadi, Roustayi et Amini composent un corpus cohérent : chacun transforme la contrainte en méthode. Le plan fixe, le huis clos, la fragmentation du récit produisent un effet de vérité.
Ce cinéma montre comment une société vit sous tension et comment l’art enregistre cette pression.
Ces films forment une archive collective du quotidien sous surveillance : une géographie de l’attente, du compromis et du courage.

2022–2026 : Cinéma iranien et révolution : le basculement post-2022

À partir de 2020, le cinéma iranien entre dans une période de basculement. Les cinéastes filment un pays qui s’éveille, une société qui rompt avec la résignation. Le réel franchit l’écran. Et les récits prennent la rue, la peur circule entre les murs, la désobéissance devient langage.
Ces œuvres forment un tournant : elles affirment la confrontation directe, la colère maîtrisée et la volonté d’enregistrer la mutation d’un peuple.

Le Diable n’existe pas – Mohammad Rasoulof (2020)

Récompense : Ours d’or, Berlinale 2020
Casting : Ehsan Mirhosseini, Kaveh Ahangar, Mohammad Valizadegan

Rasoulof construit quatre récits liés par un même fil : la responsabilité face à la peine de mort. Chaque histoire suit un individu confronté à l’obéissance et à la peur. L’État impose la punition, mais chacun la perpétue.
La mise en scène repose sur la tension des gestes : ouvrir une porte, préparer un thé, attendre un ordre. Le film rend visible la banalité du pouvoir.
Dans le contexte post-2022, Le Diable n’existe pas éclaire la continuité du contrôle. Rasoulof filme la violence non comme un événement, mais comme un système collectif. Le film devient miroir d’une société où la soumission se confond avec la survie.

Les Graines du figuier sauvage – Mohammad Rasoulof (Cannes 2024)

Récompense : Prix spécial du Jury, Festival de Cannes 2024
Sortie France : 18 septembre 2024
Casting : Setareh Maleki, Soraya Khajeh

Rasoulof poursuit son exploration de la peur, mais la transforme en énergie politique. Le film relie l’intime et le collectif. Un père haut fonctionnaire, ses deux filles et leur mère vivent la révolution depuis la maison. Le foyer devient laboratoire de la crise.
Le cinéaste insère des images réelles des manifestations de 2022–2023. La frontière entre fiction et documentaire s’efface. Le père incarne l’État, les filles la jeunesse qui réclame un autre monde, la mère la conscience d’une fracture irréversible.
Les Graines du figuier sauvage décrit le passage d’une société silencieuse à une société debout. Rasoulof filme la peur comme un mécanisme qui se dérègle, une autorité qui s’effondre sous le poids de ses mensonges. Le film agit comme une chronique immédiate de la révolution en cours.

Un simple accident – Jafar Panahi (Palme d’or 2025, film choisi par la France pour l’Oscar 2026)

Récompenses : Palme d’or, Cannes 2025
Choix officiel de la France pour l’Oscar 2026
Sortie France : 1er octobre 2025
Casting : Navid Mohammadzadeh, Taraneh Alidoosti

Panahi revient après plusieurs années d’interdiction de tournage. Le film suit un ancien avocat hanté par une erreur judiciaire. Son enquête le conduit à rouvrir une affaire classée comme “accidentelle”.
Panahi transforme ce récit intime en méditation sur la mémoire et la responsabilité. Les visages portent la fatigue d’un pays où la vérité coûte cher. Chaque plan explore le doute : celui de la justice, celui du regard, celui du témoin.
Le titre, Un simple accident, résume la rhétorique du pouvoir. Ce que l’État efface, le film ravive. Panahi montre comment la société iranienne réapprend à nommer les faits.

Son œuvre devient un geste d’insistance : enregistrer, comprendre, persister.

Ce que le cinéma iranien dit aujourd’hui différemment (post-2022)

Avant 2022, le cinéma iranien travaillait souvent la contrainte par le détour.
Depuis Femme, Vie, Liberté, il opère trois déplacements majeurs :

  1. Du hors-champ à la confrontation (Tatami, Un simple accident).
  2. Du conflit moral au conflit générationnel (Les Graines du figuier sauvage).
  3. De la survie individuelle à la désobéissance (sport, exil, récits d’affrontement avec l’appareil d’État).

Ce n’est pas un changement de style. C’est un déplacement du risque.

Femmes, corps et désobéissance : le cœur du cinéma iranien de la révolution

Depuis 2022, les femmes occupent le centre du récit iranien. Le cinéma enregistre cette mutation avec une intensité inédite. Le corps féminin, longtemps objet de contrôle, devient instrument de révolte. L’espace du foyer, du sport ou de la culture se transforme en champ politique.
Trois œuvres récentes incarnent cette bascule : Holy Spider, Tatami et Lire Lolita à Téhéran. Chacune décrit un territoire où la parole féminine s’affirme contre la peur.

Holy Spider – Ali Abbasi (2022)

Récompense : Prix d’interprétation féminine – Zar Amir Ebrahimi, Cannes 2022
Casting : Zar Amir Ebrahimi, Mehdi Bajestani
Sortie France : 13 juillet 2022

Dans la ville sainte de Mashhad, un homme assassine des prostituées pour “purifier” la cité. Une journaliste mène l’enquête et affronte une société qui célèbre le tueur comme un justicier.
Ali Abbasi construit un thriller glaçant où la morale se retourne contre la justice. La caméra suit la journaliste dans un environnement saturé de discours religieux et de regards hostiles.
Zar Amir Ebrahimi, exilée d’Iran, incarne une héroïne sans illusion mais sans peur. Holy Spider dissèque la manière dont une idéologie transforme la violence en vertu.
Dans le contexte du mouvement Femme, Vie, Liberté, le film agit comme un miroir : il montre comment la domination s’exerce dans les gestes quotidiens et comment l’acte de témoigner devient un acte politique.

TatamiGuy Nattiv & Zar Amir Ebrahimi

Récompense : Prix du public, Mostra de Venise 2023 (section Orizzonti)
Sortie France : 4 septembre 2024
Casting : Arienne Mandi, Zar Amir Ebrahimi

Le film se déroule pendant un championnat du monde de judo. Leila, athlète iranienne, reçoit l’ordre d’abandonner pour éviter d’affronter une adversaire israélienne. Sa coach, Maryam, tente de la protéger tout en résistant aux menaces de Téhéran.
Tatami place la tension dans chaque appel téléphonique, chaque respiration avant le combat. Le sport devient métaphore du contrôle politique. Le corps féminin, surveillé à distance, incarne la lutte pour la dignité.
Zar Amir Ebrahimi filme le courage sans emphase : la caméra s’attache au visage, à la sueur, au souffle. 
Dans le paysage du cinéma iranien contemporain, Tatami symbolise la désobéissance en mouvement. Il relie la lutte des femmes à une grammaire universelle : celle du choix, du risque, de la liberté intérieure.

Lire Lolita à Téhéran (Eran Riklis) – la révolution des esprits avant la rue

Adaptation : du récit d’Azar Nafisi
Casting : Golshifteh Farahani, Zar Amir Ebrahimi, Mina Kavani, Bahar Beihaghi
Distributeur France : Metropolitan FilmExport
Sortie France : 26 mars 2025 • Durée : 1h48

Dans un appartement discret de Téhéran, la professeure Azar Nafisi réunit un petit groupe d’étudiantes pour lire des romans interdits. Autour de Lolita, de Gatsby le Magnifique ou de Madame Bovary, ces femmes retrouvent un langage intérieur.
Riklis filme la lecture comme un acte politique. Les visages se penchent sur les pages, la voix se libère, la pensée circule. Le huis clos devient un espace d’émancipation.
Lire Lolita à Téhéran déplace la révolution du terrain de la rue vers celui de l’esprit. Il décrit la naissance d’une conscience individuelle face à la norme collective.
Le film agit comme une métaphore de la création artistique : lire, penser, imaginer constituent déjà des gestes de résistance. Dans le sillage de Satrapi et d’Ebrahimi, il affirme la culture comme arme tranquille contre l’effacement.

Un cinéma porté par la parole des femmes

Depuis 2022, les cinéastes et actrices iraniennes multiplient les projets en exil. Zar Amir Ebrahimi, Golshifteh Farahani, Mina Kavani ou Sepideh Farsi portent un mouvement artistique mondial. Leur travail transforme la douleur en récit, la peur en vision.
Leur cinéma déplace la lutte vers le visible. Chaque plan, chaque geste, chaque mot oppose au pouvoir une présence. Ces films construisent une mémoire de la résistance féminine : non héroïque, mais obstinée.

Documenter la révolution : poser les faits sans les esthétiser

Les documentaires iraniens et européens sur l’Iran occupent une fonction essentielle. Ils fixent la chronologie, restituent les voix, ancrent le réel. Ces films donnent une ossature à la mémoire collective. Ils construisent une histoire immédiate du soulèvement, à hauteur humaine.

Femme, vie, liberté – Une révolution iranienne

Réalisation : Claire Billet & Mohamad Hosseini
Diffusion initiale : 2023
Accès : ARTE Campus / ARTE Boutique (selon périodes)

Ce film, produit par ARTE, assemble des images clandestines tournées pendant les premières semaines du soulèvement de 2022. Téléphones portables, témoignages, visages filmés à distance composent un récit brut et direct.
Les réalisateurs construisent un montage rigoureux : les faits s’enchaînent selon la chronologie des manifestations, de la mort de Mahsa Amini aux premières exécutions.
Femme, vie, liberté – Une révolution iranienne restitue la force du collectif. La parole se transmet malgré la peur, les visages apparaissent malgré la menace. Le documentaire rappelle que la révolution iranienne s’inscrit aussi dans la maîtrise de l’image, dans la manière de montrer et de diffuser.
Ce travail agit comme un contre-archive : il protège la mémoire d’un peuple contre l’effacement organisé.

Nous, jeunesse(s) d’Iran

Réalisation : Solène Chalvon-Fioriti
Production : Chrysalide Production, Elephant Doc
Diffusion : France Télévisions, 2024

Porté par des témoins de moins de 25 ans, le film de Solène Chalvon-Fioriti explore le présent de la jeunesse iranienne. La réalisatrice recueille les récits d’une génération qui grandit sous contrôle permanent.
Grâce à une technologie d’anonymisation des visages, les participants conservent leur identité émotionnelle sans risquer leur sécurité. Les regards restent intacts, les expressions respirent.
Le documentaire montre une jeunesse multiple, entre désillusion et énergie créatrice. Le pays apparaît comme un laboratoire moral : chaque jeune apprend à composer avec la peur, le rêve, la solidarité.
Nous, jeunesse(s) d’Iran rejoint la lignée des œuvres qui transforment le témoignage en art politique. Il capte la parole là où elle se forme : dans les chambres, les rues, les écrans.

ARTE : un rôle central dans la diffusion du cinéma iranien

La chaîne franco-allemande joue un rôle structurant dans la circulation des œuvres iraniennes en Europe. Elle juxtapose fictions, documentaires, formats courts et entretiens, créant une cohérence éditoriale unique.
À travers sa plateforme, ARTE offre un accès libre à un patrimoine fragile. Les films, les séries et les entretiens permettent de comparer les approches, de croiser les récits et de construire une lecture critique.
Dans le paysage médiatique européen, ARTE agit comme un passeur. Elle transforme la curiosité des spectateurs en conscience politique.

Happiness (Iran/France) — mini-série (15 × 6 min)

Mise en ligne ARTE : 2021
Accès : arte.tv (gratuit)

Sélection officielle Séries Mania 2021 – Compétition Formats Courts

Téhéran aujourd’hui. Shadi, 17 ans, fugue avec ses amis pour échapper à la routine et à la pression familiale. Quinze épisodes de six minutes composent une odyssée miniature à travers l’Iran contemporain.
Takavar filme la jeunesse comme un territoire en mouvement. Les images, conçues pour Instagram, circulent comme des fragments de liberté.
Happiness agit comme un laboratoire esthétique : montage rapide, dialogues directs, bande-son électrique. Le film traduit l’énergie d’une génération qui avance malgré la surveillance.

The Actor (Iran) — série (26 × 52 min)

Diffusion ARTE : 2023

Diffusion : ARTE.tv, disponible jusqu’en 2026
Casting : Navid Mohammadzadeh, Ahmad Mehranfar, Hasti Mahdavi
Récompense : Grand Prix de la Compétition Internationale, Séries Mania 2023

Deux comédiens de Téhéran vivent de leurs performances improvisées, payées par des clients qui veulent manipuler la réalité. L’art du jeu devient une forme de survie.
La série explore la frontière entre vérité et mensonge, fiction et pouvoir. Nima Javidi transforme la mise en scène en métaphore de la vie sous surveillance.
The Actor prolonge le cinéma iranien contemporain : elle capte la société à travers le masque, la performance, le double. Le théâtre devient outil d’adaptation. La survie devient art.

Conversation avec la comédienne Zar Amir

Diffusion ARTE : 2023

Cet entretien donne un visage à la résistance. Actrice exilée depuis 2008, raconte son parcours depuis la censure jusqu’à la reconnaissance internationale.
Elle décrit la double vie de l’artiste iranienne : travailler à l’étranger tout en restant sous menace. Sa parole relie les films à la réalité du danger.
L’entretien éclaire ce que la fiction suggère : la persistance de la peur, la solitude des exilés, le prix de la visibilité.
Il agit comme une leçon de courage tranquille. Derrière chaque rôle, une femme construit un espace de survie et de dignité..

Le sens documentaire de la révolution

Les documentaires et séries sur l’Iran construisent une autre forme d’engagement. Ils refusent l’esthétisation de la souffrance et privilégient la rigueur du fait.
Billet, Hosseini, Chalvon-Fioriti et Javidi créent une grammaire nouvelle : filmer, c’est archiver le présent. Leurs images composent une mémoire immédiate, une carte vivante de la révolution.
Ces œuvres montrent la puissance du collectif et la continuité du courage. Elles complètent la fiction en lui offrant une assise concrète.

Exil : une autre scène du cinéma iranien de la révolution

L’exil forme aujourd’hui l’autre versant du cinéma iranien. Il ne constitue pas une fuite, mais une condition de création. Pour de nombreux artistes, partir signifie continuer à filmer, écrire, jouer. Loin du pays, ils reconstruisent un espace où la parole reste libre et où la mémoire circule.
Le cinéma de la diaspora devient une cartographie parallèle : une Iran dispersée, polyglotte, féminine, consciente de son histoire.

Zar Amir Ebrahimi : l’actrice comme résistance

Zar Amir Ebrahimi, révélée au grand public par Holy Spider et co-réalisatrice de Tatami, incarne une trajectoire centrale. Son parcours, entre l’exil et la reconnaissance, symbolise la persistance d’une voix iranienne indépendante.
Exilée après un scandale fabriqué par le régime, elle reconstruit sa carrière en France et au Danemark. Ses choix artistiques traduisent une cohérence rare : chaque rôle questionne la morale, la honte et la visibilité.
Dans Holy Spider, elle enquête dans un monde qui vénère la violence masculine. Dans Tatami, elle filme la peur à distance. Son œuvre relie l’intime et le collectif.
Zar Amir Ebrahimi représente une génération d’artistes qui transforment la blessure en méthode. Son jeu, sobre et tendu, devient une forme d’archive vivante : un corps qui témoigne sans pathos.

Golshifteh Farahani : la liberté comme horizon esthétique

Installée à Paris depuis 2008, Golshifteh Farahani incarne la continuité entre l’Iran d’avant et l’Iran d’ailleurs. Ses rôles, de Body of Lies à Extraction, tissent un dialogue entre cultures.
Dans Lire Lolita à Téhéran (Eran Riklis, 2025), elle retrouve la langue et le contexte de ses origines. Elle y incarne une femme qui résiste par la pensée, un rôle qui prolonge sa propre trajectoire d’exilée.
Farahani fait de la présence physique une arme politique. Chaque apparition à l’écran revendique le droit d’exister sans voile, sans justification. Elle construit un espace de beauté active, une liberté visible.

Mina Kavani : la visibilité comme combat

Actrice et militante, Mina Kavani fait partie des visages les plus engagés de la scène iranienne en exil. Son parcours relie le théâtre, le cinéma et la défense des libertés artistiques.
Présente dans Lire Lolita à Téhéran, elle incarne la transmission entre les générations d’exilées. Kavani porte une parole sans détour : la culture reste un champ de résistance, même à distance du pays.
Son engagement rappelle que l’exil ne rompt pas le lien avec la société iranienne, il le reformule.

Marjane Satrapi : mémoire, humour, transmission

Autrice de Persepolis, Satrapi reste la pionnière du cinéma iranien de la diaspora. Son travail associe le dessin, l’autobiographie et l’histoire politique.
Son influence demeure centrale : elle a ouvert la voie à une génération de réalisatrices qui filment l’exil sans nostalgie.
Satrapi transforme le souvenir en récit collectif. Son style graphique, limpide et frontal, a défini une esthétique de la mémoire : le noir et blanc comme trace durable du courage.

Mohammad Rasoulof : la parole comme acte de survie

Contraint à l’exil en 2024, Mohammad Rasoulof représente la figure du cinéaste qui poursuit son œuvre malgré la menace.
Ses films — Le Diable n’existe pas et Les Graines du figuier sauvage — prolongent la révolution iranienne par la mise en scène.
Rasoulof conçoit la création comme un geste vital. L’exil lui offre un nouvel espace de parole, mais aussi la responsabilité de témoigner. Sa démarche rejoint celle des écrivains de l’exil politique : filmer devient une manière de rester présent au pays.

Bahman Ghobadi : le cinéma des frontières

Né au Kurdistan iranien, Bahman Ghobadi filme les marges du pays. Son chef-d’œuvre, Les Tortues volent aussi (2005), se déroule dans une zone minée à la frontière irakienne.
Le film montre des enfants qui ramassent des mines pour survivre. La guerre y devient environnement, non événement.
Ghobadi installe un cinéma du territoire : il révèle les fractures ethniques et sociales que la capitale ignore. Son regard élargit la carte du cinéma iranien.
À travers lui, l’exil se confond avec l’identité. Ses personnages habitent les confins, les passages, les zones incertaines.

L’exil comme esthétique et comme langue

L’exil ne se limite pas à la géographie. Il devient une forme d’écriture. Les cinéastes iraniens dispersés à travers le monde construisent un cinéma de la distance.
Leur regard relie Téhéran, Paris, Berlin, Los Angeles. Cette circulation fabrique une mémoire fluide, multicentrique.
Leur travail affirme une idée claire : la culture iranienne appartient à ceux qui la font vivre, où qu’ils soient. Chaque film en exil agit comme une lettre adressée au pays.

Hors Téhéran : élargir la cartographie de la révolution

Pour éviter une lecture centrée sur la capitale, il faut intégrer des films qui déplacent le regard vers les provinces, les frontières, les minorités. La contestation n’a jamais eu un seul visage.

Les Tortues volent aussi – Bahman Ghobadi

Récompenses (sélection) : Mention spéciale du Jury jeunesse – Berlinale 2005 ; Peace Film Award – 2005 ; Golden Shell – San Sebastián 2004

Situé dans une région kurde à la frontière irakienne, le film suit un groupe d’enfants qui ramassent des mines pour survivre. La guerre y devient paysage, non événement.
Bahman Ghobadi filme les ruines, les collines et les visages d’enfants comme des témoins permanents du conflit. Sa caméra ne cherche ni le pathos ni la beauté, elle expose la géographie politique d’un monde condamné à la vigilance.
Revu aujourd’hui, Les Tortues volent aussi révèle la profondeur territoriale du récit iranien. L’Iran filmé depuis ses marges raconte mieux ses fractures : ethniques, sociales, économiques. Ghobadi inscrit la révolution dans le sol, dans la terre minée, dans la survie quotidienne.

Séries : l’Iran à travers le regard du monde

Tehran — série d’espionnage (saisons 1–3)

Création : Moshe Zonder, Dana Eden, Maor Kohn
Réalisation (principale) : Daniel Syrkin
Production / diffusion : Apple TV+
Langues : persan, hébreu, anglais
Saison 3 : à partir du 9 janvier 2026 (Apple TV+)

Casting principal : Niv Sultan (Tamar Rabinyan), Shaun Toub (Faraz Kamali), Shila Ommi (Nahid), Glenn Close (saison 2), Hugh Laurie (saison 3)

Tamar Rabinyan, hackeuse iranienne et agente du Mossad, infiltre Téhéran sous une fausse identité. Ce qui commence comme une mission technique devient un engrenage de mensonges, de loyautés croisées et de surveillance totale.
La série propose une lecture extérieure du pays, construite sur les codes du thriller occidental. Elle expose une image de Téhéran saturée de tension, de peur et de double-jeu.
Tehran ne cherche pas le réalisme social, mais son succès souligne un fait majeur : la capitale iranienne est devenue un imaginaire mondial, symbole de l’opacité et du danger.
Regarder la série avec distance critique permet de mesurer comment la fiction internationale réinterprète les enjeux politiques iraniens à travers le prisme du suspense et de la paranoïa.

Ordre de visionnage conseillé

Ce parcours en vingt étapes traverse quarante ans d’histoire iranienne à travers ses images. Il relie l’intime et le politique, la mémoire et la désobéissance, le pays et la diaspora. Chaque œuvre éclaire une période, une fracture ou un visage du pouvoir.

  1. Persepolis (2007) – enfance et naissance de la conscience politique

  2. La Sirène (2023) – mémoire de la guerre Iran–Irak

  3. Tehran Taboo (2017) – double morale et société sous contrôle

  4. Une séparation (2011) – fracture morale et justice sociale

  5. Taxi Téhéran (2015) – parole surveillée, parole filmée

  6. La Loi de Téhéran (2019 / sortie France 2021) – État social et violence structurelle

  7. Marché noir (2022) – économie parallèle et survie morale

  8. Un héros (2021) – réputation et manipulation de la morale

  9. Le Diable n’existe pas (2020) – obéissance, culpabilité, responsabilité

  10. Les Tortues volent aussi (2005) – guerre et marginalité kurde

  11. Happiness (2021) – jeunesse, mouvement et désenchantement

  12. Femme, vie, liberté – Une révolution iranienne (2023) – faits, images et chronologie

  13. Nous, jeunesse(s) d’Iran (2024) – parole et courage d’une génération

  14. Les Graines du figuier sauvage (2024) – rupture générationnelle et peur du pouvoir

  15. Holy Spider (2022) – violence systémique et fanatisme social

  16. Tatami (2024) – désobéissance féminine et pression du régime

  17. Lire Lolita à Téhéran (2025) – révolution des esprits avant la rue

  18. Un simple accident (Palme d’or 2025) – mémoire, justice, après-censure

  19. Conversation avec la comédienne Zar Amir (2023) – parole d’exil et coût de la visibilité

  20. Tehran (série Apple TV+, 2020–2026) – paranoïa et perception mondiale de l’Iran

 

Lecture critique

De Persepolis à Un simple accident, le cinéma iranien construit une mémoire collective par strates.
Les films d’animation ouvrent le récit (Satrapi, Farsi), les drames familiaux (Farhadi, Panahi) traduisent la contrainte, les thrillers sociaux (Roustayi, Abbasi) en exposent la violence, les œuvres récentes (Tatami, Les Graines du figuier sauvage, Un simple accident) filment la révolte au présent.
Les documentaires et séries (Femme, vie, liberté, Happiness, Tehran) fixent enfin les faits et prolongent la réflexion.

Ce parcours donne à voir une révolution,  une mutation esthétique et morale qui transforme le regard du monde sur l’Iran.

Conclusion : ce que le cinéma iranien de la révolution révèle

Le cinéma iranien de la révolution forme une archive vivante.
Vingt œuvres, vingt manières de raconter la même tension : comment vivre, aimer et créer dans une société saturée de contrôle.

Chaque décennie a inventé sa langue :

  • les années 1980, celle de la guerre, ont fait naître une mémoire du siège et du deuil (La Sirène, Les Tortues volent aussi) ;

  • les années 2000, marquées par la répression du Mouvement vert, ont déplacé le politique vers l’intime (Une séparation, Taxi Téhéran) ;

  • les années 2010, celles de la désillusion, ont montré la justice comme théâtre du pouvoir (La Loi de Téhéran, Marché noir) ;

  • depuis 2022, le cinéma filme enfin la désobéissance à visage découvert (Holy Spider, Tatami, Les Graines du figuier sauvage, Un simple accident).

Ce cinéma compose une radiographie morale du pays.

Chaque réalisateur choisit une stratégie de survie : le détour, l’allégorie, l’exil, ou la frontalité.

  • Panahi transforme la voiture en espace de liberté provisoire.

  • Farhadi filme la morale comme un labyrinthe sans sortie.

  • Rasoulof déplie la mécanique de l’obéissance jusqu’à la rupture.

  • Roustayi met à nu les logiques d’un État qui gère la misère comme une ressource.

  • Satrapi, Farsi, Soozandeh ou Riklis confient à l’animation et à la lecture le soin de préserver la mémoire.

Ces films montrent un pays qui parle à travers ses cinéastes. Ils font exister l’Iran ailleurs que dans les discours officiels. Leur force tient à leur précision : un regard, un lieu, une situation.
En les regardant ensemble, on suit la lente transformation d’une société : de la soumission à la parole, de la peur à la conscience, du silence à la transmission.

Ce cinéma ne se contente pas d’accompagner la révolution iranienne : il en est la bande sonore, la mémoire et la pédagogie.

FAQ – Cinéma iranien révolution

Quels films voir pour comprendre la révolution iranienne actuelle ?
Les Graines du figuier sauvage, Un simple accident, Le Diable n’existe pas, Tatami, Holy Spider et le documentaire Femme, vie, liberté – Une révolution iranienne.

Quels films montrent l’Iran hors Téhéran (provinces, minorités) ?
Les Tortues volent aussi (Bahman Ghobadi) et La Sirène (Abadan, guerre Iran–Irak).

Où voir des films iraniens aujourd’hui ?
ARTE / ARTE Boutique, salles, VOD Canal +, et Apple TV+ .

Appel à la communauté

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Pour en savoir plus : Falafel Cinéma : Le cinéma israélien et l’Iran

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