Disclosure Day : la promesse Spielberg
Première mondiale au Grand Rex, le 2 juin 2026
Spielberg revient aux extraterrestres. Depuis Firelight en 1964 jusqu’à Rencontre du troisième type, E.T. ou La Guerre des mondes, il scrute le ciel avec une obsession intacte. Avec Disclosure Day, il ne filme plus seulement la rencontre, mais la révélation : que devient le monde lorsque le secret cesse d’en être un ?
Un thriller de conspiration
Le film s’ouvre comme un thriller paranoïaque. Une agence privée, Wardex, contrôle le secret extraterrestre depuis Roswell, dans un monde où les grandes entreprises technologiques semblent avoir remplacé les États dans la gestion de l’opacité. Daniel Kellner, expert en cybersécurité, dérobe des archives classifiées, tandis que Margaret Fairchild devient malgré elle la messagère d’une vérité qui la dépasse.
Tout est en place pour un grand récit spielbergien : la peur collective, le goût du secret, la circulation du mensonge, et cette intuition que la révélation d’une vérité absolue bouleverserait moins notre savoir que notre manière d’habiter le monde.
Une attente immense
Face à un tel point de départ, l’attente est immense. De La Liste de Schindler à Jurassic Park, de Tintin à E.T. , mon premier choc de cinéma, Spielberg a façonné un imaginaire si puissant qu’il impose, presque malgré lui, un niveau d’exigence hors norme.
Disclosure Day promettait à la fois le grand spectacle, la sidération cosmique et la question métaphysique. Pourtant, l’ensemble ne trouve jamais tout à fait son point d’équilibre : le film impressionne souvent mais peine à faire converger toutes ses lignes de force.
Un casting inégalement servi
Emily Blunt, dans le rôle de Margaret Fairchild, est sans doute celle qui porte le mieux le film. Vue dans Oppenheimer, Sans un bruit, et Le Diable s’habille en Prada, elle donne à cette météorologue confrontée à l’inconnu une présence dense, tendue, parfois bouleversante. À travers elle, le film atteint ses rares moments de véritable émotion.
Josh O’Connor, que l’on a vu dans Challengers et The Crown, interprète Daniel Kellner avec sérieux, mais le personnage reste prisonnier d’une écriture trop fonctionnelle. Colman Domingo, remarquable dans Sing Sing et Rustin, apporte une chaleur morale bienvenue au film. Colin Firth, connu notamment pour Le Discours d’un roi et la saga Kingsman, compose un antagoniste froid et convaincu d’agir au nom du bien commun.
Quant à Eve Hewson, révélée notamment par Bad Sisters et The Perfect Couple, elle prête à Jane un rôle pas suffisamment développé.
Foi, enfance, vertige
Le film ouvre une piste stimulante en abordant la question religieuse. Que devient la foi lorsque l’existence d’une autre intelligence est rendue publique ? Jane, ancienne novice, redoute une humanité prête à transférer son besoin de croyance vers d’autres figures de puissance. Margaret, elle, refuse toute idolâtrie et se pense comme un simple relais. Le dernier mot du film — « écoute » — (écho au « Chema Israël ») donne à cette réflexion une résonance spirituelle explicite.
En parallèle, Spielberg retrouve un motif qui lui est intime : l’enfance. Une séquence dans la maison d’enfance de Margaret rappelle combien il sait filmer la mémoire, les lieux protecteurs, la perte de l’innocence. Mais là encore, le film esquisse plus qu’il n’accomplit.
Un film trop étiré
Avec ses 2h25, Disclosure Day s’étire. Les poursuites se répètent, certains enchaînements paraissent artificiels, et la tension finit par se dissiper.
Il reste bien quelques éclats de mise en scène, quelques visions, quelques mouvements de caméra qui rappellent immédiatement la main de Spielberg.
C’est peut-être ce qui rend le film si frustrant : il est traversé d’idées fortes, de questions passionnantes, de fragments de grand cinéma, sans jamais réussir à les faire tenir ensemble. Non pas un échec total, mais une œuvre inaboutie, qui laisse surtout entrevoir le film plus ample, plus habité, qu’elle aurait pu devenir.
MERCI À LOUISE POUR SON RETOUR 🙂
CRITIQUE RÉDIGÉE À PARTIR DE NOS DEUX RESSENTIS.
AVANT-PREMIÈRE MONDIALE AU GRAND REX