Critique Woman and Child
Synopsis
Mahnaz, infirmière de 40 ans, élève seule ses enfants. Alors qu’elle s’apprête à épouser son petit ami Hamid, son fils Aliyar est renvoyé de l’école. Quand un accident tragique bouleverse tout, Mahnaz se lance dans une quête de justice pour obtenir réparation.
Une tragédie contemporaine ancrée dans un lieu de travail
Saeed Roustaee revendique la tragédie et l’inscrit dans un décor qui impose sa loi : l’hôpital. Un espace de passages, de décisions, de coûts humains. Il y place ses deux protagonistes parce que leur profession trace leur morale. Mahnaz soigne. Hamid trafique, vend la vie et les corps, puis applique la même logique dans sa vie intime. Il traite les liens comme des transactions. Il renonce à l’une, l’échange pour l’autre, comme s’il déplaçait des pièces sur un plateau.
L’histoire d’amour sert de point d’entrée, puis le récit observe comment une logique de commerce, de négociation, de troc, infiltre la famille et l’intimité. La violence commence dans cette contamination du quotidien.
Une mère seule et la violence sociétale
Dès le début, Roustaee cadre Mahnaz dans une série de gestes imposés. Elle « change de visage » pour plaire. Et elle range sa vie pour correspondre à une image. Lors de la visite des futurs beaux-parents, elle place ses enfants ailleurs à la demande d’Hamid. Elle efface ses propres traces pour devenir présentable.
Le film parle des mères seules par les actes, par l’organisation, par l’anticipation. Mahnaz gère tout, y compris la vitrine : ce que le voisinage voit, ce que la famille du futur mari juge, ce que la société tolère.
Roustaee pousse le diagnostic plus loin : Mahnaz vit dans le malheur avant même de le nommer.
L’Iran, en arrière-plan constant
Le film ancre cette histoire dans l’Iran d’aujourd’hui, jusque dans ses réflexes ordinaires : dissimuler, arranger, repousser le problème à plus tard, puis découvrir que la crise s’aggrave. Roustaee le dit clairement dans l’entretien, en reliant le mensonge et la dissimulation à ce qu’il observe dans son pays. Ce contexte dépasse le récit familial, parce qu’il éclaire la circulation des paroles et des silences.
Il résonne aussi avec la situation du cinéaste lui-même : Leïla et ses frères a été interdit en Iran, et Roustaee a été condamné à une peine de prison et à une interdiction de tournage, peine ensuite suspendue. Cette réalité donne une profondeur supplémentaire à son regard sur ce qui se montre et ce qui s’efface.
Le deuil, continuer avec des enfants
Après l’accident, Woman and Child change de rythme. Le deuil devient le moteur narratif. Roustaee met Mahnaz face à une alternative claire : se retirer du monde, ou traverser la perte pour sauver les « générations suivantes », sa sœur, sa fille, son neveu. La douleur déclenche alors un choix de vie, plus qu’une simple colère.
La dernière séquence s’inscrit dans cette direction : une femme face à un bébé, débarrassée de ce qui dévore, la haine, la jalousie, la rivalité, et ramenée à une seule énergie, l’amour.
Famille, secret, honneur : le tribunal domestique
Mensonge et corruption apparaissent vite à l’hôpital, puis s’étendent à la famille. Roustaee relie frontalement la dissimulation à la société iranienne, et montre les ravages produits par ces réflexes collectifs.
Quand la tragédie frappe, chacun protège sa place, son image, son récit. L’honneur devient une règle qui autorise les arrangements. Le secret devient un outil de pouvoir. La quête de justice de Mahnaz traverse alors une matière compacte : silences, devoirs, loyautés imposées.
Hommes et femmes : un rapport de force
Hamid incarne une logique de contrôle et de transaction. Roustaee le filme comme un rouage cohérent d’un système, celui qui dicte ce qui se montre, ce qui se cache, ce qui se négocie, ce qui se tait.
Les femmes portent le soin, les enfants, l’endurance, parfois la vérité, parfois des stratégies de survie. Le film tient bon sur un point important : la solidarité familiale prend aussi des formes troubles. Mehri ouvre une zone grise, faite de fidélités qui se déchirent, de trahisons possibles, de blessures anciennes qui resurgissent. Roustaee affirme s’inspirer d’une histoire vécue dans sa famille, adoucie pour le cinéma.
Parole, silence, regards
Roustaee revendique des films « bavards », enracinés dans une culture où la parole compte, avec un héritage poétique et religieux.
Puis il cherche des respirations par des échanges de regards, souvent en fin de séquence, pour faire passer l’émotion autrement. Il a même envisagé un titre centré sur les regards.
Parinaz Izadyar, tenir la douleur
Roustaee décrit Parinaz Izadyar comme une actrice d’une précision immédiate, capable d’embrasser un spectre large, et de porter des dialogues longs avec rigueur.
Mahnaz avance avec des contradictions continues : soigner, se taire pour préserver une paix fragile, céder pour être acceptée, puis se heurter à une perte qui rend ces concessions insupportables.