« M » – « Gloria Bell  » – « El Reino » – Affronter nos peurs….

« M » – Documentaire de Yolande Zauberman

Présidente du Jury de « l’Oeil d’Or » au Festival de Cannes pour le documentaire cette année, Yolande Zauberman, la réalisatrice de « Would you have sex with an Arab ? » en 2012,  a réalisé avec « M » un film extraordinaire où l’intime rejoint l’universel.


Depuis quinze ans, la réalisatrice suivait Menahem, acteur découvert dans le film « Kedma » d’Amos Gitaï et a décidé lorsqu’il eut trente-cinq ans qu’il était temps de tourner. Le titre « M » en référence à « M le Maudit » de Fritz Lang est d’autant plus incroyable que le patronyme de Menahem  est Lang.
Menahem Lang, le chanteur à la voix d’or, « the porn child » comme il se présente au début du documentaire, a subi lorsqu’il était enfant des viols à plusieurs reprises par des rabbins ultra-orthodoxes de la communauté de Bnei Brak au nord de Tel-Aviv.
Menahem retourne voir ses amis d’enfance et sa famille qui l’ont renié. Il confronte les coupables impunis à sa colère et sa douleur et nous sommes en totale immersion dans son chagrin. Les enfants violés deviennent parfois des adultes violeurs et la peur de devenir violeur, que la réalisatrice compare à une personne mordue par un vampire condamnée à mordre, est forte chez les victimes.
Comment vivre sa sexualité après un tel traumatisme ? Menahem se cherche, entre femmes, hommes et transgenres. Chaque victime a des difficultés pour construire sa propre identité et  vivent un cercle vicieux de perte de repères.
Femme au milieu d’hommes, Yolande Zauberman a réussi l’exploit de tourner sans être nullement embêtée pour filmer ce milieu quasi-exclusif d’hommes où les femmes ne servent qu’à la reproduction.
La réalisatrice a filmé de nuit, en yiddish, hébreu et anglais, et surtout en yiddish la plupart du temps. Le yiddish donne un  supplément d’âme et de tristesse à son film, cette langue ayant quasiment disparu avec son peuple pendant la Shoah.
Un excellent documentaire sur « Netflix » , « One of us », par Heidi Ewing et Rachel Grady raconte l’histoire de trois anciens Hassidim à Brooklyn qui ont essayé de partir suite à des violences ou des abus sexuels.


Pendant le Festival du Cinéma Israélien de Paris, j’ai découvert la série « Autonomies « , réalisée par Ori Elon et Yehonatan Indursky, est une dystopie. Israël est coupé en deux. Une moitié est laïque et a comme capitale Tel-Aviv, l’autre est religieuse, avec pour capitale Jérusalem où sont enterrés les morts…


Le fait ultra-religieux et ses dangers sont plus que jamais d’actualité. Yolande Zauberman cite Frantz Kafka « Je suis parmi les miens avec un couteau pour vous agresser, je suis parmi les miens avec un couteau pour vous aimer ».

GLORIA BELL

Dans un tout autre registre, celui de la fiction légère,  le réalisateur chilien Sebastian Lelio, a tourné avec Julianne Moore et John Turturro le remake de son propre film « Gloria » en 2013. J’avoue une préférence pour celui-ci.
Le pitch : Gloria, la cinquantaine, aime danser, s’assume et a une vie remplie mais solitaire. Un soir, elle croise Arnold, un homme timide, récemment séparé et elle qui était indépendante tombe amoureuse…Rien ne se passera comme prévu.
Le film est complètement dédié à son actrice, brillante et resplendissante, et aborde par une écriture très subtile les difficultés pour les femmes divorcées de trouver un compagnon, à bien gagner leur vie et avoir une vie professionnelle et sexuelles épanouissantes.  Les femmes affrontent leur peur de la solitude et / ou de l’engagement. Les mère, souvent âgées mais en forme, les accompagnent encore et sont souvent leur seul soutien.
La lumière, la musique du film – reprise par Sheila en 1982– et l’interprétation des deux acteurs en font un joli film.

EL REINO

Le pitch : Manuel López-Vidal est inculpé pour corruption au sein de son parti…
Filmé à deux-cent à l’heure, sur fond de musique électro -composée par un français installé en Espagne, Olivier Arson et récompensé lui aussi aux Goya-  « El Reino » montre la lutte effrénée d’un homme corrompu pour se sortir d’une situation dans lequel il est piégé et tombe inexorablement.

Parfaitement ficelé, Rodriguo Sorogoyen nous entraîne dans le même tourbillon que son personnage Manuel López-Vidal joué par Antonio de la Torre qui a reçu le Goya du Meilleur Acteur pour ce film.

Nous sommes complètement happés par ce polar politique où la peur et l’orgueil motivent le personnage dans une course folle contre ses ennemis. Tout est réussi: les dialogues, l’action, le rythme.
Ce film est à voir absolument.

 

ENGLISH VERSION

Documentary by Yolande Zauberman

President of the jury of « L’Oeil d’or » at the Cannes Festival for the documentary this year, Yolande Zauberman, the director of « Would you have sex with an Arab » in 2012, did with « M » an extraordinary movie where intimacy is extremely connected to the universal. 

For fifteen years, Yolande zauberman has been following Menahem, whom she met in « Kedma » directed by Amos Gitaï and decided to shoot the documentary when he turned thirty-five years. The title « M » is referenced to « M Le Maudit » an old movie directed by the great Fritz Lang, it is all the more incredible that the name of Menahem is Lang.
Menahem Lang is the singer with the golden voice, he called himself « the porn child » because he was raped many times when he was a child by ultra-orthodoxes rabbis and teachers in his community Bnei Brak, located North of Tel-Aviv.  Menahem went back to his family and friends who have disowned him. He confronts the unpunished culprits with all his anger and his suffering. We fall in total immersion with his grief and his path to find peace and understanding.
The children abused become sometimes adults rapist and they fear of becoming rapist, as a victim of a vampire becomes a vampire.
How is it possible to experience a true sexuality after a rape ? Menahem looks for his own between women, men and transgenders. Each man abused has trouble to define himself. Many adults abused when they were children live a vicious circle of total lost of sexual references.
Woman amongst men, Yolande Zauberman has succeeded in shoot freely a man’s environment, where women have no rights. Yolande Zauberman shot all his film by night, in Yiddish, Hebrew and English, most of it in Yiddish. And The Yiddish language add a touch of soul and sadness to her documentary , which has almost disappeared during the Shoah.
A very good documentary on « Netflix » « One of us », by Heidi Ewing and Rachel Grady tells us the story of three former hassidim in Brooklyn who try to leave their community because they lived in a context of violence or sexual abuses.
During « The Festival du Cinéma Israélien de Paris », I saw the series « Autonomies », dystopia directed by Ori Elon and Yehonatan Indursky. The story takes place in Israel, divided in half. One part is run by  the atheist and has Tel-Aviv for capital, the other is run by the ultra-orthodox and has Jerusalem for capital, where the dead are burried..

Religion and it dangers are more than ever hot topics. Yolande Zauberman quotes Frantz Kafka: « I am with my own with a knife to attack them, I am with my own with a knife to love them »

 

 

GLORIA BELL

Gloria Bell has been directed by the Chilean Director Sebastian Lelio who did his own remake of « Gloria » released in 2013, with John Turturro and Julianne Moore. I had a preference for this one.
The pitch : Gloria, in her fifties, loves to dance, is independent and a full but lonely life.One night, she meets Arnold, a shy guy, recently separated and she falls in love. Nothing will happen as it is planned…
This movie is fully dedicated to his actress, blooming and brillant and tackles in a subtil way the difficulties for divorced women to meet someone stable, earn very well a living  and succeed in having a fulfilling sexual and professional life. Some women fear loneliness and/ or commitment in another new love life and make the wrong choices. Their mothers, often aged but in good shape still help them and are often the only support they get.
In this movie, the light and the music, especially the song « Gloria » – covered by Sheila in 1982- and the actor’s rendering contribute to this nice and light movie.

El Reino

Manuel López-Vidal is indicted for corruption within its own political party. Shot in a frenetic way, with an electronic music which emphasizes the rythme – composed by a French settled in Spain , Olivier Arson, and awarded also at the Goya’s -, « El Reino » is about the unbridled struggle of a man who wants to get out of a trapped situation which leads to his fall. With a perfect tight screenplay, Rodriguo Sorogoyen takes us the same whirlwind of his character Manuel López-Vidal beautifully played by Antonio de La Torre, who was awarded the Goya of Best Actor for this movie. We are completely caught in this political thriller where fear and pride motivate the character in a dash and a fight against his enemies.
Everything is perfect : dialogue, actions, rythme, editing and  the story is breathtaking.

This is a must-see movie.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close